Entretien

Quand la scène devient peinture, Licelotte Nin et sa thèse en recherche-création

Doctorante à l’École doctorale Arts Plastiques et Sciences de l’Art de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Licelotte Nin associe recherche et création pour mener sa thèse : « Création mutation et hybridation : l’espace d’exposition comme spectacle vivant ». Elle a récemment présenté son dispositif plastico-scénique « La Visite des Papillons » à l’Instituto Cervantes à Paris. 

Pouvez-vous nous présenter votre parcours universitaire ? 

Mon parcours artistique débute à l’âge de 15 ans à l’École nationale d’art dramatique de la République dominicaine. Après m’être formée en tant que performeuse, je poursuis mes études en France en intégrant le Master professionnel Mise en scène et dramaturgie à l’Université Paris Nanterre, que je suis pendant deux ans.

En 2020, je m’oriente ensuite vers les arts visuels en rejoignant le Master de création en arts plastiques de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (École des Arts de la Sorbonne). Ce que je cherchais alors — et qui a progressivement ouvert la voie à un parcours doctoral — était d’explorer les liens entre la création plastique et sa mise en présence dans l’espace scénique, le plateau.

Je m’interrogeais notamment sur la manière dont le corps performeur, le plasticien et l’auteur pouvaient coexister au sein d’une même entité, et concevoir la scène à la fois comme un atelier — lieu de fabrication — et comme un tableau — espace de composition et de regard. Ce questionnement m’a conduite à poursuivre mes études en tant que doctorante contractuelle à l’École doctorale Arts Plastiques Esthétique et Sciences de l’Art sous la direction du professeur Kouadio Benjamin Brou.

Sur quoi portent vos travaux de recherche ? 

En tant que peintre et performeuse, mes travaux de recherche portent sur l’exploration du plateau comme espace de monstration. Mon médium est l’espace scénique.

À travers la conception de dessins, de peintures et d’objets, je construis des interfaces qui prennent la forme d’installations numériques : le corps de la performeuse y devient matière plastique, la composition sonore et les objets font dramaturgie, et la lumière est utilisée comme matière picturale. Il s’agit, pour moi, de peindre à travers des médiums scéniques, en faisant de la scène une matière picturale.

Dans cette confrontation entre pratiques plastiques et espace scénique surgissent des interstices que j’explore au cœur de ma thèse : la scénographie comme œuvre, l’installation performative, le corps-partition, l’objet-partenaire, entre autres.

Enfin, l’intelligence artificielle s’immisce également dans cette démarche : je l’interroge comme médium de détournement et de réélaboration, producteur de versions et de variations. Comment l’IA altère-t-elle nos processus de création en générant des prototypes capables de faire muter nos conceptions initiales ?

« La visite des papillons » une pièce de théâtre de Licelotte Nin
« La visite des papillons » une pièce de théâtre de Licelotte Nin

Quels sont vos projets pour la suite ?

Je suis actuellement en cours de création de mon prochain dispositif plastico-scénique, intitulé In the Black, Sugar, dont la première est prévue en 2027. Il s’agit d’un projet soutenu par la Région Hauts-de-France.

Dans cette création, j’explore, à travers les thématiques de l’afrodescendance et du harcèlement, la fabrication de l’image numérique comme scénographie, mais aussi comme dramaturgie polyforme. L’utilisation de l’intelligence artificielle dans la création de compositions sonores et visuelles est au cœur de cette démarche.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un étudiant ou une étudiante qui souhaite s’engager dans un parcours doctoral à l’École doctorale APESA ?  

Si vous avez des questionnements qui traversent votre pratique artistique, ou des pistes de création que vous souhaitez explorer et théoriser, le doctorat peut être l’occasion de les approfondir à travers une thèse en recherche-création. Cela vous permettra non seulement de vous nourrir intellectuellement en tant que chercheur, mais aussi d’affiner votre démarche en interrogeant la conception de vos protocoles de création, et de partager vos résultats avec un public plus large.

À propos de la thèse de Licelotte Nin : Intitulé de la thèse : « Création mutation et hybridation : l’espace d’exposition comme spectacle vivant ». Laboratoire de rattachement : Institut ACTE. École doctorale de rattachement : École doctorale arts plastiques, esthétique et sciences de l'art. Directeur de thèse : Kouadio Benjamin Brou professeur en arts à l’École des Arts de la Sorbonne.